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Un bref historique 

 

L’épisode de « smog » londonien de l’hiver 1952

La conscience actuelle des effets de la pollution atmosphérique urbaine sur la santé doit beaucoup à un épisode tragique qui est survenu à Londres entre le 5 et le 9 décembre 1952. Durant ces cinq jours, un nuage épais de fumées sulfureuses provenant des usines et des chauffages individuels au charbon a stagné sur le bassin londonien. Les concentrations de particules en suspension et de dioxyde de soufre (SO2) ont atteint des niveaux de plusieurs milliers de microgrammes par mètre cube (les concentrations actuelles sont plutôt de l’ordre de la dizaine de µg.m-3 à Paris et à Londres), entrainant un excès de mortalité exceptionnel : une analyse récente[1] porte à 12 000 le nombre de décès en excès, observés jusqu’en février 1952.

 
Nombre hebdomadaire de décès


Nombre de décès et concentrations en dioxyde de souffre lors de l’épisode de smog de l’hiver 1952 à Londres.

Source : ML Bell, 20011


Cette catastrophe sanitaire (d’une ampleur comparable à celle de la canicule de 2003 en France, qui a engendré une surmortalité de 15 000 personnes en France métropolitaine[2]), a entrainé une prise de conscience de l’opinion et des pouvoirs publics qui a conduit à la création de législations spécifiques pour lutter contre la pollution atmosphérique : Clean Air Act (1956) au Royaume-Uni, Air Pollution Control Act (1955) puis Clean Air Act (1963, étendu en 1970) aux États-Unis et, en France, loi du 2 août 1961 relative à la lutte contre les pollutions atmosphériques et les odeurs.

La pollution de l’air aujourd’hui

Ces législations ont permis de réduire considérablement les émissions des sources fixes, en relation avec l’usage de combustibles fossiles (industrie, chauffage résidentiel), et les concentrations de certains polluants, notamment de SO2. Cependant la pollution de l’air n’a pas disparu. Elle a changé de nature avec le développement d’autres sources, notamment le trafic routier, qui a conduit à une augmentation des concentrations de dioxyde d’azote (NO2) et d’ozone, ainsi qu’à une modification de la nature des particules en suspension. Néanmoins les effets sanitaires de ces expositions courantes sont plus difficiles à mettre en évidence, et ils ont été largement ignorés jusque dans les années 1990[3], où de nouvelles études épidémiologiques ont permis de montrer que la pollution urbaine actuelle avait toujours un impact substantiel sur la santé.

[1] M. L. Bell and D. L. Davis. Reassessment of the lethal London fog of 1952: novel indicators of acute and chronic consequences of acute exposure to air pollution. Environ Health Perspect, 109 Suppl 3:389–394, Jun 2001.

[2] Hémon, D., E. Jougla, J. Davel, F. Laurent, S. Bellec, et G. Pavillon. « Surmortalité liée à la canicule d’août 2003 en France ». Bulletin épidémiologique hebdomadaire (2003): 221–225.

[3] Holland, W. W, A. E. Bennett, I. R. Cameron, C. Florey, S. R. Leeder, R. S. F. Schilling, A. V. Swan, et R. E. Waller. « Health effects of particulate pollution: reappraising the evidence ». American Journal of Epidemiology 110, no. 5 (1979): 527.

[4] Dockery, D. W., et C. A Pope. « Acute respiratory effects of particulate air pollution ». Annual review of public health 15, no. 1 (1994): 107–132.