Auteur : Sandrine Halfen Catherine Embersin Isabelle Grémy Abdon GoudjoClaudine VallauriMélanie Heard

 

 

L’Observatoire régional de santé d’Ile-de-France et le Centre régional d’information et de prévention du sida réalisent, comme chaque année à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le sida, un état des lieux de l’épidémie de l’infection à VIH dans la région. Dans la mesure où la proportion de femmes touchées par le VIH est de plus en plus importante, il a semblé nécessaire de proposer des éléments de réflexion sur la pertinence des stratégies de prévention à l’égard des femmes. Le dispositif de déclaration de séropositivité n’étant opérationnel que depuis janvier 2003, il n’a pas été possible de disposer des premières données de déclaration de séropositivité au VIH. Toutefois, les indicateurs, directs ou indirects, permettant la surveillance de l’infection à VIH/sida ne plaident pas en faveur d’une régression de l’épidémie en France et dans certains pays d’Europe de l’Ouest. Dans ces derniers, le nombre de personnes nouvellement dépistées séropositives a nettement augmenté entre 2001 et 2002. En Ile-de-France, le nombre de nouveaux cas de sida qui était stable depuis l’année 2000 semble en augmentation en 2002. Plus inquiétant, le nombre annuel de décès dus au sida augmente également. Cela interroge sur l’accès à la prévention, au dépistage et aux soins ainsi que sur l’efficacité à long terme des traitements pouvant être proposés aux personnes touchées. La proportion de plus en plus importante des cas de sida par contamination hétérosexuelle chez les femmes, fréquemment d’origine subsaharienne, pose la question de l’accès de ces femmes à la prévention, au dispositif de soins et aux traitements, et plus généralement de la pertinence d’une prévention spécifique auprès des femmes. L’approche par «groupe à risque» d’une épidémie essentiellement masculine à ses débuts, a laissé peu de place à une reconnaissance des caractéristiques féminines de la sexualité et des situations de vulnérabilité plus souvent vécues par les femmes que par les hommes : vulnérabilité physiologique à l’égard de la contamination, mais également affective dans des rapports de domination à l’égard de leur partenaire et enfin de précarité. Prendre en compte et adapter la prévention aux spécificités féminines et à ces situations de vulnérabilité semble une condition minimum à son succès. La communication à l’égard des femmes pourrait également s’appuyer sur leur perception plus aiguë que les hommes des risques de contamination pour en faire de précieux relais à la prévention. Les modalités de prise en charge et de traitement chez les femmes séropositives doivent tenir compte de leurs problèmes spécifiques (interaction entre contraception et traitement, effets secondaires particuliers, complications gynécologiques, désir d’enfant, etc.), et de leurs situations plus fréquentes de vulnérabilité et d’isolement.

 

Décembre 2003, 8 pages


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