Auteurs : Sandrine Halfen (ORS Île-de-France), Annie Velter (InVS), Gabriel Girard (EHESS) et Véronique Doré (ANRS) 

 

À l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le sida, et comme chaque année depuis 1999, l’Observatoire régional de santé (ORS) Île-de-France réalise un état des lieux de l'épidémie de VIH/sida dans la région. Cette année, le Bulletin a comme thématique les enjeux de l’épidémie chez les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH). Trois parties composent ce Bulletin de santé. Une première, réalisée par l’ORS Île-de-France, porte sur l’épidémiologie du VIH/sida à partir des données des déclarations obligatoires de séropositivité et des données franciliennes de l’enquête ANRS-Vespa 2011 réalisée auprès des personnes vivant avec le VIH. Ces données permettent de situer la dynamique de l’épidémie chez les HSH et les caractéristiques des personnes touchées, par rapport aux autres groupes de population. La seconde partie du Bulletin est réalisée par Annie Velter, responsable des enquêtes menées auprès des gays à l’Institut de veille sanitaire (InVS). À partir des deux dernières Enquêtes Presse Gay (EPG) de 2004 et 2011, elle propose une analyse des répondants franciliens, en mettant en relief leurs spécificités éventuelles par rapport aux HSH des autres régions, et en soulignant l’évolution des comportements sexuels à risque des Franciliens entre 2004 et 2011. Enfin, à l’occasion du 25ème anniversaire de la création de l’Agence nationale de recherches sur le sida et les hépatites virales (ANRS), la troisième partie du Bulletin est réalisée par Gabriel Girard, sociologue à l’École des hautes études en sciences sociales, et Véronique Doré, responsable du Service santé publique, sciences de l’homme et de la société de l’ANRS. Leur contribution porte un regard rétrospectif sur ces vingt-cinq années de recherches sur les HSH en lien avec la prévention du VIH/sida et sur les nouveaux enjeux de recherches en prévention pour faire reculer l’épidémie. Les différentes analyses montrent que, à la différence des autres groupes, l’épidémie de VIH/sida ne recule pas parmi les HSH. En Île-de-France, le nombre estimé de contaminations chez les HSH rapporté à la population est quatre-vingts fois supérieur à celui des hétérosexuels, et plus de deux fois supérieurs à celui des HSH vivant hors Île-de-France. Et, l’EPG de 2011 montre un niveau de comportements sexuels à risque important chez les répondants franciliens avec, en moyenne, deux fois plus de partenaires que chez les répondants des autres régions et des pratiques sexuelles non protégées avec les partenaires occasionnels en hausse par rapport à la dernière édition de l’enquête en 2004. Ces pratiques à risque sont plus fréquemment rapportées par les répondants séropositifs que par ceux qui se déclarent séronégatifs. Ces évolutions s’intègrent dans un contexte où les recherches en sciences sociales sur les gays et le VIH/sida documentent, depuis 2000, l’émergence d’un nouveau rapport au risque. Au cours des dernières années, en passant d’une approche uniquement centrée sur le préservatif vers une logique de réduction des risques, l’évolution de la prévention n’est pas sans susciter des controverses dans le monde de la lutte contre le sida. L’introduction d’approches biomédicales dans la prévention, et le rôle des traitements antirétroviraux pour réduire la charge virale, illustrent cette évolution. Il existe néanmoins un consensus sur la nécessité de diversifier l’offre préventive en direction des gays. Des recherches en sciences sociales sont actuellement en cours sur ces aspects, car en se médicalisant, la prévention soulève de nouvelles questions sociales, éthiques et politiques.
Novembre 2013, 8 pages

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