Auteurs : Laura Cottard, Corinne Praznoczy, Catherine Mangeney

 

L’Observatoire régional de santé Île-de-France et l’Institut d’Aménagement et d’Urbanisme d’Île-de-France publient une étude sur les acteurs locaux face à la problématique de l’accès aux soins. Deuxième phase d’une étude publiée en 2011 sur l’accessibilité des Franciliens à un bouquet de médecins de premier recours, elle répond à deux objectifs principaux : 

- recueillir le ressenti d’acteurs locaux directement concernés par les questions d’accès aux soins et le confronter aux résultats statistiques de la phase 1;

- analyser leur positionnement.
Pour cela l’étude s’appuie sur des entretiens semi-directifs réalisés dans trois communes (Aulnay, Colombes, Rungis) et une communauté de communes (la Brie Nangissienne). Bien que portant sur un échantillon non représentatif de territoires franciliens, l’étude met en avant un certain nombre d’indications sur la prise en compte de cette question de l’accès aux soins au niveau local.

Perception et caractérisation de la problématique de l’accès aux soins : Rungis excepté, les acteurs rencontrés s’accordent sur le constat d’un manque de médecins généralistes et de spécialistes sur leur territoire, aggravé depuis 2006, date des données utilisées pour la phase 1. Ils décrivent un système de soins de premier recours sous tension et sont conscients du risque du cercle vicieux : les départs de médecins entraînent d’autres départs, les candidats à l’installation se font rares, en raison des craintes concernant leurs conditions de travail. Mais au-delà de la question de la démographie médicale, bien identifiée, les autres dimensions de l’accès aux soins (accès aux droits, aspects financiers, culturels,…) semblent revêtir des contours plus variés pour les acteurs publics.

Politiques locales d’accès aux soins, instruments et grandes postures : le regroupement apparaît comme l’instrument privilégié d’action sur l’offre de soins, avec cependant quelques réserves. Le degré de gravité de la pénurie de professionnels de santé sur un territoire impacte fortement la manière dont les acteurs rencontrés comprennent et abordent la question de l’accès aux soins. Dans les territoires souffrant d’une pénurie particulièrement prononcée, la question de l’accès aux soins est avant tout assimilée à celle de la démographie médicale. Dans les territoires moins déficitaires, la problématique de l’offre de soin est abordée de manière plus large et diversifiée : accès aux droits, freins financiers et sociaux, inégalités entre les populations, populations vulnérables…

L’accès aux soins, une nouvelle problématique d’action publique, un «métier» nouveau pour les collectivités, une question transversale : la pénurie en matière de médecine de ville pousse aujourd’hui beaucoup de municipalités à se saisir de la question de l’offre de soins dans son ensemble, y compris de l’offre libérale. Cette tendance touche aujourd’hui des villes de toutes tailles, y compris des petites communes rurales, confrontées au spectre du désert médical. Mais les municipalités ont rarement les moyens de faire plus qu’exercer une influence à la marge en tâchant de faciliter l’installation des professionnels de santé sur leur territoire. La thématique peine encore à s’imposer comme une problématique transversale.


Un diagnostic permettant d’évaluer le niveau d’accessibilité aux soins d’un territoire à travers le bilan de l’offre de soins disponible apparaît aujourd’hui indispensable en amont du développement de nouveaux quartiers ou de projets de densification. Les éléments permettant de faciliter l’accès à cette offre (desserte par les transports en commun, liaisons piétonnes et cyclables …) et ceux qui au contraire le limitent (ruptures urbaines, difficultés de mobilité des populations fragiles…) sont également des aspects à prendre en compte.Plus largement, la notion d’accessibilité aux soins mériterait d’être pensée comme une dimension de l’action publique locale à part entière et intégrée comme un indicateur de la bonne santé des territoires. Pour encourager cette évolution, elle gagnerait à être prise en compte à toutes les échelles de la planification de l’aménagement du territoire (SDRIF, SCOT, PLU).


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