Concept, définition et mécanisme de perturbation

Un concept relativement récent

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la biologiste Rachel Carson s’est intéressée à la disparition soudaine de certains oiseaux aux Etats-Unis. Elle expose sa théorie sur les effets négatifs des pesticides sur l’environnement, et plus particulièrement sur les oiseaux, en 1962 dans un livre intitulé « Silent Spring ».
Depuis, les observations concernant la faune sauvage se sont multipliées : troubles de la reproduction des visons américains et des loutres, contamination des gastéropodes marins (1972), développement de poissons hermaphrodites en Grande-Bretagne, micro-pénis des alligators du lac Apopka en Floride (1988), défaillances du système immunitaire des phoques gris (1987-1988) et des ours polaires (2003), disparition des abeilles (2012), etc. Afin de partager leurs interrogations, des scientifiques de différentes disciplines se sont réunis lors de la Conférence de Wingspread en 1991. Ils conjecturent un lien entre les altérations de la reproduction des animaux et celles observées chez une partie de la population humaine et comparent les effets de certains polluants chimiques chez l’animal à ceux observés chez les femmes traitées par le Diéthylstilbestrol (médicament prescrit pour éviter des avortements spontanés, commercialisé en France sous le nom de Distilbène et interdit dans les années 1970), tels que l’augmentation de la fréquence des malformations congénitales et des cancers, et la baisse de la fertilité. L’expression « endocrine disruptors » est alors utilisée pour la première fois.
Depuis, de nombreuses équipes de recherche ont démontré que cette notion de perturbateur endocrinien peut être associée à un large spectre de substances chimiques, avec des répercussions variables selon la substance, le moment de l’exposition, les co-expositions (expositions à plusieurs substances en même temps) et la dose. Les méthodologies permettant d’étudier spécifiquement les effets des perturbateurs endocriniens connaissent d’importants développements actuellement, ce qui permet à la recherche d’évoluer et de mettre en évidence de nouveaux résultats.
La recherche sur ce sujet s’est par ailleurs peu à peu structurée, notamment en France (cf. Programme national de recherche spécifiquement consacré aux perturbateurs endocriniens). Aucun consensus international sur une définition Les perturbateurs endocriniens sont des substances étrangères à l’organisme qui sont susceptibles d’interférer avec le fonctionnement du système endocrinien.

Définition

La définition la plus communément admise est celle proposée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en 2012 (OMS/UNEP 2012) : « Un perturbateur endocrinien est une substance ou un mélange exogène altérant les fonctions du système endocrinien et induisant donc des effets nocifs sur la santé d’un organisme intact, de ses descendants ou sous-populations ».

Toutefois, il n’y a pas aujourd’hui de consensus international sur une définition des perturbateurs endocriniens.

Mécanisme de perturbation

Le système endocrinien regroupe les organes qui sécrètent des hormones : thyroïde, ovaires, testicules, hypophyse… Il constitue le principal lien de communication et de contrôle entre le système nerveux et les fonctions corporelles telles que la reproduction, l’immunité, le métabolisme et le comportement. Le système endocrinien est basé sur des messagers chimiques, les hormones, qui sont sécrétées dans le sang (ou d'autres liquides extracellulaires) et peuvent atteindre toutes les parties du corps.

Certaines substances chimiques peuvent agir sur le système endocrinien de plusieurs façons.

  • Elles peuvent imiter l'activité biologique d'une hormone en se liant à un récepteur cellulaire, entraînant une réponse injustifiée ;
  • Elles peuvent se lier au récepteur mais ne pas l'activer ;
  • Enfin, elles peuvent interférer ou bloquer la fabrication ou le contrôle des hormones naturelles ou de leurs récepteurs, par exemple en modifiant leur métabolisme. En découle un certain nombre de conséquences potentielles pour l'organisme : altération des fonctions de reproduction, malformation des organes reproducteurs, développement de tumeurs au niveau des tissus producteurs ou cibles des hormones (thyroïde, sein, testicules, prostate, utérus…), perturbation du fonctionnement de la thyroïde, du développement du système nerveux et du développement cognitif, modification du sex-ratio (diminution du nombre de naissance masculine)...

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