Méthodologie

Etudes toxicologiques

Tout d’abord, les études toxicologiques sont le plus souvent réalisées chez l’animal et l’extrapolation à l’homme des résultats obtenus présente des limites. De plus, les études sont généralement réalisées avec de fortes doses. Or, la population est exposée à de faibles doses, ce qui pose le problème de l’extrapolation des résultats, d’autant plus que les perturbateurs endocriniens peuvent avoir des effets plus importants à faibles doses qu’à fortes doses.

Par ailleurs, la multiplicité des substances identifiées comme ayant potentiellement un effet perturbateur endocrinien et leur caractère ubiquitaire font que la population est exposée en continu à des mélanges de perturbateurs endocriniens. Ces derniers peuvent avoir des effets synergiques ou encore antagonistes. Afin de pouvoir prendre en compte cette situation, de nouvelles démarches toxicologiques adaptées à la situation de l’exposition aux mélanges de composés se développent actuellement.

Etudes épidémiologiques

Comme pour de nombreux polluants environnementaux, les sources de perturbateurs endocriniens sont multiples et l’exposition de la population est difficile à évaluer. Par ailleurs, il est nécessaire de considérer l’exposition lors de la vie entière. Les études épidémiologiques sont donc difficiles à mener. En particulier, les études rétrospectives présentent d’importants biais puisqu’elles impliquent un recueil a posteriori des données concernant les expositions éventuelles. Le suivi de cohortes prospectives permet, quant à lui, un recueil beaucoup plus fiable des expositions. Les cohortes « mères-enfants », telles que la cohorte Elfe (Etude longitudinale française depuis l’enfance)[1], présentent notamment l’intérêt de permettre un recueil de données sur les expositions des enfants mais aussi des mères pendant la grossesse.

En outre, les effets sanitaires potentiels des perturbateurs endocriniens sont multiples et souvent multifactoriels (par exemple les cancers). De nombreux facteurs de confusion[2] doivent être pris en compte lors des analyses.

Les spécificités des perturbateurs endocriniens entraînent par ailleurs des difficultés supplémentaires pour les études. Tout d’abord, l’importance de la fenêtre d’exposition et le temps de latence possiblement très long entre l’exposition et l’effet sanitaire compliquent fortement la réalisation des études. Une exposition fœtale peut en effet entraîner des effets sur la santé à la puberté, voire à un âge beaucoup plus avancé (dans le cas de certains cancers par exemple). De plus, les effets transgénérationnels chez l’homme sont difficiles à étudier.

Evaluation des risques

Les études toxicologiques et épidémiologiques sont complémentaires. Sur la base de ces études, si l’on dispose de preuves suffisamment robustes et si l’exposition est bien documentée, il est possible d’évaluer les risques sanitaires. Dans le cas des substances ayant potentiellement un effet perturbateur endocrinien, l’évaluation des risques sanitaires reste  difficile à réaliser. D’une part, peu d’études sont disponibles pour la plupart des substances et, d’autre part, ces études peuvent présenter d’importantes limites méthodologiques. Les organismes chargés de réaliser ces évaluations des risques définissent donc des critères de sélection des études qui peuvent être prises en compte lors de ces évaluations. Ces critères portent notamment sur les effectifs sur lesquels portent les études (nombre d’animaux…), le nombre de doses testées, la méthodologie statistique utilisée, etc. Ils sont généralement très stricts.

Incertitudes sur les risques

L’hypothèse selon laquelle les perturbateurs endocriniens ont un impact significatif sur la santé humaine est apparue au début des années 1990. Aujourd’hui, la caractérisation du risque pour l’homme associé à l’exposition aux perturbateurs endocriniens reste difficile pour de multiples raisons :

  • Le rôle causal des perturbateurs endocriniens sur certaines pathologies est difficile à évaluer L’ampleur du problème des perturbateurs endocriniens doit être analysée par des approches épidémiologiques visant à déterminer le lien de causalité. De telles études sont nécessaires pour déterminer si les données de tendance séculaires pour des maladies multifactorielles telles que le cancer du sein, le cancer du testicule, l’hypospadias sont imputables, en tout ou en partie, aux perturbateurs endocriniens.
  • Un grand nombre de substances à évaluer La plupart des travaux publiés in vivo pour identifier le potentiel de perturbation du système endocrinien se sont concentrés sur un sous-ensemble relativement restreint de produits chimiques, notamment les organochlorés persistants (principalement le DDT, les PCB et le bisphénol A), le méthoxychlore, les alkylphénols, les phtalates, les fongicides androgènes, les herbicides chlorotriazine, les phytoestrogènes et quelques agents pharmaceutiques.
  • Peu de connaissances sur la relation dose-réponse pour des expositions à faible dose et à des substances présentes en mélange (effet cocktail) Il est important de déterminer si une exposition à de de faibles doses peut avoir des conséquences néfastes pour la santé à long terme. L’exposition aux perturbateurs endocriniens est rarement, voire jamais, liée à un seul produit chimique, les effets de l'exposition à de multiples produits chimiques suscitent donc des préoccupations (Delfosse V, 2015).
  • Difficulté de connaitre comment et à quel degré les populations humaines sont exposées Si l’évaluation de l’exposition à des polluants organochlorés persistants a été bien réalisée, les polluants non persistants ont fait l'objet de beaucoup moins d'études. Par exemple la présence et les dangers potentiels des produits pharmaceutiques dans le milieu aquatique, liée aux effluents municipaux, constituent un problème relativement récent.

 


[1] Elfe est la première étude longitudinale française consacrée au suivi des enfants, de la naissance à l’âge adulte, qui aborde les multiples aspects de la vie de l’enfant sous l’angle des sciences sociales, de la santé et de la santé-environnement. Lancée auprès de 500 familles pilotes en 2007, elle est généralisée en France métropolitaine depuis avril 2011. Soutenue par les ministères en charge de la Recherche, de la Santé, et du Développement durable, ainsi que par un ensemble d’organismes de recherche et d’autres institutions, l’étude Elfe mobilise plus de 60 équipes de recherche, soit 400 chercheurs, avec plus de 90 sujets spécifiques.

[2] Tiers facteurs perturbant l’étude de la relation entre l’exposition et la maladie